l’Interview libre avec Benjamin Sire

 

sire-november

1/ Hello Benjamin, tout d’abord présente-toi à mes lecteurs ainsi que ton album ?

Sous le nom de Sire, je viens de sortir l’album November dont tu as déjà parlé. C’est mon troisième album. Il y a une particularité sur celui-ci, c’est d’être conçu à 100% à partir d’instruments et d’espaces virtuels, à l’exception de la voix. Voilà, par ailleurs je suis aussi compositeur pour l’audiovisuel et de temps en temps, journaliste dans les domaines du numérique, de la société et de la politique.

2/ Pourquoi le virtuel au service du handicap ? J’ai vu qu’un reportage est sorti au sujet de l’album

C’est parce que je suis atteint par une maladie auto-immune inflammatoire qui s’appelle la spondylarthrite ankylosante et qui peut être plus ou moins virulente. Elle est très agressive chez moi, même si, du fait de la prise d’un traitement lourd et contraignant à base de biothérapie et de produits de chimiothérapie, ça va un peu mieux depuis quelques mois. Aussi, ne pouvant plus jouer normalement, j’ai profité de mon expertise en MAO, acquise depuis 20 ans grâce à la musique audiovisuelle et l’electro, pour tenter ce pari d’un album de « pop acoustique » entièrement programmé.

3/ Par rapport à la release party du 20 novembre, je l’ai ressenti comme un concert classique, et dans le documentaire que j’ai visionné, tu disais qu’avant de faire du classique, tu étais plutôt rock avec des guitares électriques ?

Il faut toujours dissocier mon travail en tant que compositeur pour l’audiovisuel de celui de compositeur d’albums. Pour l’audiovisuel, je fais beaucoup de musique classique ou orchestrale. En revanche mon précedent album, Chair Memories, était un album très rock, bien que l’instrument principal en était le violon, dans une formation basse, batterie, guitare, violon. Sur November, j’ai fait le choix de remplacer la guitare électrique par le piano. Par ailleurs, la musique virtuelle m’a permis, au-delà du violon, d’avoir une beaucoup plus grande latitude sur l’orchestre et dans sa gestion, sans la contrainte du nombre d’instruments. Et je dois aussi avouer qu’aujourd’hui, j’écoute davantage de musique classique que de rock. Je travaille aussi couramment avec des musiciens classiques, comme Nicolas Rezaï et Mathieu Vilbert (tous deux également compositeurs pour l’audiovisuel) qui m’ont accompagné durant la Release party. La raison en est que j’avais décidé de prendre le contre-pied de l’album en opposant un set totalement acoustique à la musique virtuelle, pour faire comprendre combien ces questions n’ont pas tant d’importance, mais que ce sont les chansons en elles-même qui comptent. On a fait cette soirée dans une galerie d’art, ArtStudio K, dans un environnement plus proche d’un récital classique que d’un concert de rock. Mais l’ambiance particulière de cette soirée était surtout due à sa tenue en plein 11ème arrondissement, une semaine après les attentats du 13 novembre. Cela a touché autant le public que les musiciens et Amandine Sroussi (qui ponctuait le concert de la lecture de textes que j’ai écrits autour de la réalisation de l’album et de la douleur). Ensuite, on a aussi ajouté au répertoire la Chacone de Bach et le Hallelujah de Cohen dans une version plus proche de la reprise de Buckley, ce qui émotionnellement rapprochait le concert d’un récital ou d’une messe républicaine.

4/ Il y a une dernière question que je voulais absolument te poser. Le 30 novembre, lors d’une soirée pour la Cop21, qui se déroule en ce moment et ce jusqu’au 11 décembre, il y a eu un concert de Patti Smith avec, il me semble, le chanteur des Red Hot Chilli Peppers, n’est-ce pas un peu bizarre de mélanger musique et politique ? Surtout Rock et politique ?

Je ne porte pas de jugement là-dessus, mais j’ai mon propre comportement vis-à-vis de cette question. Dans le quotidien, j’ai toujours fait de la politique et témoigné d’un engagement. Mais je n’exprime jamais directement ces opinions dans ma musique. Mélanger militantisme et musique, c’est quelque chose qui a toujours existé, qui se défend complètement, que je comprends et je me suis posé cette question au début de ma carrière. Mais pour tout dire, je n’ai pas envie de mélanger mes différents engagements et la création. J’essaye de créer ou de quérir de l’émotion et de la beauté et par définition, l’engagement, c’est pour dénoncer et faire bouger les choses sur certaines lignes, ce qui n’est pas vraiment compatible.. La « politique politicienne » ne dégage en elle-même pas beaucoup de beauté. La musique, pour moi, c’est une manière de sortir de mon quotidien et de peut-être aider les gens, pour ceux qui apprécient ce que je fais, à en faire de même, à toucher la dimension spirituelle qui peut se nicher dans les notes. Je ne suis pas quelqu’un de religieux, ni de pratiquant, mais je vais vers une forme de spiritualité, de mystique qui s’exprime par la musique. La musique est une chose sacrée pour moi, elle est le croisement entre la magie pure et, a contrario, la logique mathématique, deux choses qui me passionnent. Pourtant, certain titres de l’album, comme « Look » ou « Mess » sont en réalité des morceaux qui ont un fond politique, bien qu’assez elliptique.

Au moins, ça prouve qu’on peut aimer la musique tout en faisant de la politique !

Voilà. Même si je ne suis pas impressionné par les playlist livrés par nos politiques – litote – mais c’est une autre question. (rires)

Eh bien, merci pour tes réponses. Et il faut absolument découvrir ton album, du coup ?

Je ne vais pas dire le contraire. Il faut le découvrir, l’acheter et le partager !

 

 

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